Novembre 2016 : le « moi(s) sans tabac »

Novembre 2016 : le « moi(s) sans tabac »

Ce mois-ci, le sevrage tabagique est mis à l’honneur : pourquoi ? Parce que le tabac tue, il entraine jusqu’à 73 000 décès par an en France (1ère cause de décès évitable), et qu’en parler est déjà un pas vers l’arrêt.

Le plus toxique dans une cigarette n’est pas la nicotine qui est responsable de l’addiction, mais la combustion avec l’inhalation de monoxyde de carbone, de goudrons, ainsi que les nitrosamines et certains métaux lourds (cadmium, polonium 210, mercure, plomb). La feuille de tabac n’est pas facile à cultiver et nécessite après séchage un traitement particulier : c’est pourquoi, on y trouve des insecticides, des fertilisants, des solvants et des détergents. Et je ne vous parlerai pas des agents de texture, des agents de sapidité et des conservateurs … Fumer n’est pas avoir un comportement écologique ! 

Les risques liés au tabac sont multiples. 

Tout d’abord, de part l’inhalation de la fumée, les conséquences sont ORL (dysplasie, cancer, rhinite chronique, inflammation des cordes vocales, perte du goût et de l’odorat) mais aussi broncho-pulmonaires (cancer bronchique, broncho-pneumopathie chronique obstructive, emphysème pulmonaire, insuffisance respiratoire). 

Ensuite, fumer augmente le risque de pathologies cardiovasculaires : l’infarctus du myocarde, mais aussi l’hypertension artérielle, l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs, les accidents vasculaires cérébraux. Les mécanismes sont multiples : atteinte de la vasomotricité des artères avec spasme, augmentation de la viscosité sanguine et de l’agrégation plaquettaire mais aussi augmentation de l’inflammation avec déstabilisation des plaques d’athérome. 

Enfin tous les organes sont touchés : l’appareil digestif (cancer de l’œsophage, gastrite, cancer de l’estomac, cancer du pancréas …) l’appareil urinaire (cancer du rein, cancer de la vessie), la peau et les phanères (ongles cassants, cheveux ternes), la vision (DMLA)… le risque de stérilité est plus important chez les fumeurs. Et encore, la liste n’est pas exhaustive. 

En tout cas, le fumeur sait que la cigarette n’est pas bonne pour sa santé, et malgré tout, il ne peut s’empêcher d’en griller une, parce que la nicotine entraîne une addiction qui est bien plus importante que le cannabis et d’autres drogues. Arrêter de fumer : ce n’est pas facile. 

Alors comment faire pour arrêter ? 

Tout d’abord, il faut être motivé et souvent il faut un petit coup de pouce : se faire « coacher » et trouver une substitution qui permettra à court, moyen ou long terme un sevrage tabagique complet. La thérapie cognitivo-comportementale permet de donner au patient les outils pour se sevrer et ne pas rechuter : l’addiction entraine une dépendance psychique et comportementale qui persiste des dizaines d’années après l’arrêt. Le tabacologue va ainsi informer, conseiller, écouter et orienter le patient. Il peut aussi lui prescrire des substituts nicotiniques en les associant si nécessaire (patchs, comprimés à sucer, gommes, inhaleurs), substituts qui sont remboursés sur ordonnance à hauteur de 150 euros/an/patient depuis le 1er novembre 2016. Il ne faut pas oublier que la cigarette électronique peut être une alternative à une aide au sevrage en diminuant progressivement la concentration en nicotine des cartouches (16-18 ng/mL à 6-8 ng/mL). 

Enfin la prévention a pris de plus en plus d’ampleur ces dernières années avec l’interdiction de fumer dans certains lieux collectifs mais aussi avec l’obligation pour les cigarettiers de se confronter au conditionnement neutre à partir de janvier 2017. 

Au final, beaucoup de progrès ont été faits, en particulier pour le tabagisme passif mais il est évident que nos patients vont subir encore pendant de nombreuses années les conséquences de cette industrie.

 

Docteur Sabine Marco Roucayrol, onco-pneumologue au Pôle Santé Saint Jean